24 octobre 2020

La Casa Milà

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La Casa Milà, surnommée ironiquement « La Pedrera » (en catalan et en espagnol, « la carrière de pierre »), est un édifice de Barcelone, érigé entre 1906 et 1910 par l’architecte catalan Antoni Gaudí.
La Casa Milà, conçue comme un hôtel particulier, est généralement classée comme œuvre monumentale du modernisme catalan de la première décennie du XXe siècle, dont Gaudí était le chef de file. Ce fut l’avant-dernier projet conduit par l’architecte qui utilisa ici ses techniques clefs : l’inspiration naturaliste et l’arc caténaire.
Malgré l’opposition répétée du conseil municipal à l’édification de ce bâtiment en dehors des limites du plan Cerdà et les moqueries des Barcelonais, la Casa Milà fait partie, un siècle après sa construction, des lieux emblématiques de la ville et des dix sites les plus touristiques de Barcelone. Elle figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Histoire

Avant la construction de la Casa Milà, une maison particulière se trouvait à l’intersection du Passeig de Gràcia avec la rue de Provence à mi-chemin entre les municipalités de Barcelone et de Gràcia, avant l’annexion de ce village à la cité comtale de Barcelone en 1897.
En ce début de XXe siècle le Passeig de Gràcia était devenu l’une des principales artères de la ville, ainsi que le lieu où la bourgeoisie catalane installait ses résidences, dans un bouillonnement constructif où les meilleurs architectes de Barcelone montraient leur savoir-faire, comme dans l’Illa de la Discòrdia, où l’architecte Antoni Gaudí venait de faire construire la Casa Batlló avec l’aide du constructeur Jaume Bayo i Font ; il avait effectué auparavant sur cette avenue deux autres chantiers pour des bâtiments aujourd’hui disparus : la pharmacie Gibert en 1879 et la décoration du bar Torino en 1902.
Ce fut dans ce contexte que Gaudí reçut une commande pour un hôtel particulier de la part de Pere Milà i Camps, un entrepreneur prospère, également promoteur immobilier qui avait ses entrées dans le monde politique local. Ce dernier avait épousé Roser Segimon i Artells.
À cette époque, Gaudí travaillait sur plusieurs projets : il avait repris le projet de la Sagrada Família depuis 1884, travaillait sur la maison Bellesguard (1900-1909), le parc Güell (1900-1914), achevait la Casa Batlló (1904-1906) et restaurait la cathédrale de Palma de Majorque (1903-1914).
Le projet de Milà était de construire un édifice de grandes dimensions, et, suivant la coutume de l’époque, de s’attribuer le premier étage pour sa propre résidence et de destiner le reste à la location. La partie extérieure serait quant à elle réservée à des commerces.

Description

L’édifice est construit sur une surface de 1 835 m2. Le côté Passeig de Gràcia mesure 34 m et celui de la rue de Provence mesure 56 m. Le premier étage, destiné à la famille Milà, occupe 1 323 m2. Le bâtiment se compose de neuf niveaux — un sous-sol, un rez-de-chaussée, un entresol, un étage principal, quatre étages secondaires et des combles. L’ensemble est surplombé par une terrasse. Cette structure accueille deux édifices adossés et indépendants, chacun avec sa porte d’accès et son puits de lumière, qui communiquent uniquement via le rez-de-chaussée. Cependant, l’unité des édifices est rendue par une façade commune. Des colonnes massives de briques et de pierres soutiennent le bâtiment. Les murs de séparation n’ayant pas de fonction structurelle, chaque étage peut voir sa conception varier.

Les piliers et les poutres de l’intérieur communiquent avec la pierre extérieure au moyen de poutres métalliques incurvées au bord des étages. L’ensemble forme une œuvre typique de Gaudí, reconnaissable à ses lignes mêlant des droites et des courbes. Toute la façade est réalisée en pierre calcaire, à l’exception de la partie supérieure, qui est couverte de carreaux blancs ; cette combinaison évoque une montagne enneigée. Sur la terrasse se trouvent de grandes sorties d’escaliers surmontées de la croix de Gaudí à quatre bras et des cheminées recouvertes de fragments de céramique ressemblant à des têtes de guerriers protégées par des heaumes. Quant aux balcons, ils imitent des plantes grimpantes et sont l’œuvre des frères Lluis et de Josep Badia i Miarnau, les autres furent directement forgés sous la supervision de Josep Maria Jujol Les formes organiques de la Casa Milà évoquent la nature.

Façade

La Casa Milà possède trois façades : une sur le Passeig de Gràcia, une sur la rue de Provence, et une autre en chanfrein, suivant le schéma habituel de l’Eixample projeté par Cerdà. Cependant, elles présentent une continuité formelle et stylistique de par leur forme sinueuse et ondulée, ressemblant ainsi à un rocher modelé par les vagues de la mer. Les renfoncements et parties saillantes impriment un dynamisme à l’ensemble, donnant une sensation de mouvement, augmentée par un jeu d’ombres et de lumières en constant changement selon l’heure du jour et la position du spectateur. En plus de la forme ondulante des murs de la façade, la présence de trente-trois balcons en fer forgé, d’une forme originale inspirée des algues marines, change l’ensemble en une œuvre d’art immense presque sculpturale. La majorité des rambardes ont une forme abstraite, bien qu’on rencontre quelques détails ponctuels comme une colombe, un masque de théâtre, une étoile à six pointes, diverses fleurs et l’écu catalan.

Les trois façades, de trente mètres de hauteur, sont munies de cent cinquante fenêtres, utilisant des solutions structurales, des formes et des tailles différentes. Les fenêtres supérieures étant plus grandes, elles reçoivent plus de lumière. La pierre utilisée pour leur construction provient de deux endroits différents : celle de la partie inférieure, la plus dure, vient de Garraf ; celle de la partie supérieure provient de Vilafranca del Penedès. L’ensemble donne un rendu blanc crème, aux tonalités variantes selon la lumière incidente. La texture rugueuse de la pierre confère à l’ensemble un aspect organique.

Intérieur

L’intérieur de la Casa Milà est fonctionnel, permettant une communication aisée entre les diverses parties de l’édifice. L’étage du bas est ouvert au public, avec des vestibules qui permettent une communication entre l’extérieur et l’intérieur, relient les puits de lumière et favorisent le passage entre les deux zones de l’édifice par l’intérieur du bâtiment. Deux grands portails permettent le passage des véhicules qui, une fois les vestibules d’entrée franchis, accèdent au garage intérieur grâce à des rampes qui mènent au sous-sol. Pour l’accès aux appartements, Gaudí préconisa l’usage d’ascenseurs, réservant les escaliers aux services communs et comme accès auxiliaires. Enfin il plaça deux grands perrons, décorés de peintures murales, pour embellir l’accès à l’appartement principal44.

Toit

La Casa Milà, par son originalité, sa singularité structurale et conceptuelle, mélangeant tant les éléments architecturaux qu’ornementaux, est difficilement classable dans un style artistique déterminé. L’attribution au modernisme est essentiellement générique, étant donné la relation étroite de Gaudí avec ce mouvement ; attribution admissible en raison du contexte social et culturel de l’époque. Cependant, stylistiquement, la Casa Milà serait proche d’un certain naturalisme organique, si bien que pour certains chercheurs elle s’apparente à de l’expressionnisme. Ces deux mouvements esthétiques apparemment incompatibles peuvent être exploités par l’artiste dans une seule œuvre. Selon Rojo Albarran, « la Pedrera possède une caractéristique en quelque sorte géologique, mais perturbée».

wikipedia